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RDC : Évasion spectaculaire de 1337 détenus de la prison de Kambgayi à Beni

Au moins 1337 détenus se sont évadés de la prison de Kambgayi, dans la ville de Beni en province du Nord-Kivu, très tôt le matin de ce mardi 20 octobre 2020. Cette prison d’une capacité d’accueil de 250 personnes a été assiégée par une foule d’assaillants qui sont venus en surnombre, autour de 4 heures du matin. Une centaine seulement de détenus sont restés dans la prison.

L’information est confirmée par le Maire de Beni a.i. Modeste Bakawanamaha qui parle de plus de 900 détenus qui ont réussi à se sauver de cette maison carcérale. Pour l’instant, aucun détail sur l’identité et la provenance des assaillants n’est donné ni par les autorités chargées de la surveillance de la prison, ni par l’autorité urbaine de Beni. Tout ce que l’on sait, à en croire les informations recueillies sur le lieu de la scène, est que les assaillants étaient difficiles à compter et étaient équipés d’importants matériels de soudure et d’électricité.

Les premiers éléments sur cette évasion font état des fortes détonations entendues dans cette partie de la ville aux petites heures matinales, alors qu’une pluie abondante tombait sur Beni et ses environs.  Les assaillants se seraient pointés sur le lieu peu avant l’heure de l’assaut. La garde débordée a été surprise par des tirs multiples jusqu’à ce que les auteurs de l’évasion aient défoncé la sécurité de la porte. Ainsi les détenus se sont tirés un à un chacun dans leur direction.

Des analyses en tous sens

La vérité indubitable est que la quasi-totalité des personnes incarcérées dans cette prison de Kambgayi sont des criminels condamnés les uns et en attente des procès pour les autres. D’autres encore sont des personnes arrêtées en flagrants délits de vol à mains armées, d’attaques des villages, d’assassinats de personnes et même des auteurs de viols. Des personnes présentés comme des ADF NALU ou des membres des groupes armés locaux Maï-Maï ainsi que leurs collaborateurs se sont aussi tirées de cette prison.

Le Maire de Beni s’inquiète de cette insécurité et criminalité qui pourrait s’accentuer dans la ville et dans les environs. D’où son appel à la dénonciation de tous les cas suspects. Au même moment, des activistes des Droits de l’Homme dénoncent la légèreté avec laquelle la prison était surveillée. Certains d’entre eux vont jusqu’à parler d’une complicité.

« Les enquêtes doivent être déclenchées pour connaitre les auteurs de cette évasion et leurs complices vu le nombre surélevé de militaires dans la région », grogne Moise Kiputulu, activiste des Droits de l’Homme de la chefferie de Bashu dans le territoire de Beni.

Il ajoute que qu’il est inconcevable qu’une surprise de cette taille soit enregistrée au moment où les voies des membres de la société civile et des mouvements citoyens continuaient de se lever pour exiger la tenue des audiences afin de condamner les criminels présents dans cette maison carcérale. Il y a quelques mois, la disette a fait rage dans la prison de Kambgayi jusqu’à entrainer plusieurs décès.

En février dernier, le député élu de Beni, Jean-Paul Paluku Ngahangondo, avait alerté le ministre en charge de la Justice et Droits Humains au Nord-Kivu sur les mauvaises conditions de détention dans les prisons pour enfants de Beni et dans la prison centrale de Beni-Kambgayi.

 Dans un correspondance avec comme objet « Situation carcérale non conforme aux normes régissant les droits des détenus et prisonniers », ce député provincial condamnait l’abandon sans suivi et sans assistance des compatriotes incarcérés dans ces maisons de correction. « L’absence des soins médicaux, la disette, le retard dans la fixation des dossiers au tribunal et l’absence des latrines font partie des maux qui caractérisent ces prisons », pouvait-on lire dans cette lettre.

Pour rappel, c’est à la date du 26 octobre 2020 qu’était fixée l’ouverture du procès des présumés ADF et alliés auteurs des massacres des civiles dans plusieurs villages du territoire de Beni ainsi que dans la ville même de Beni. Entretemps, des mesures sécuritaires de grande envergure seraient en gestation en vue d’étudier dans quelle mesure certains évadés peuvent être rattrapés.

Jack Maliro Katson

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