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RDC : Matata Ponyo écrit à l’IGF et s’explique sur la déconfiture du Parc Agro-industriel de Bukanga-Lonzo

Le feuilleton du projet du Parc Agro-industriel de Bukanga-Lonzo initié dans le cadre du programme économique de l’ancien président de la République Joseph Kabila ne fait que commencer et est loin de se terminer.

Lancé en grande pompe en 2014, avec ses 800 kilomètres carrés d’exploitation et l’expertise de fermiers sud-africains, il devait être le fer-de-lance de 22 autres parcs agro-industriels dans le pays axé sur « la révolution de la modernité » mais aujourd’hui en faillite.

Exécuté durant son mandat, Matata Ponyo s’explique qu’en « phase de croissance, le projet pilote Bukanga Lonzo dont les travaux se sont bien exécutés jusqu’à la fin de son mandat en décembre 2016 s’est brusquement arrêté parce qu’aucun payement à son profit n’a été plus effectué à partir de janvier 2017 ».  Ce pic lancé s’adresse ainsi  à ses successeurs à la Primature, en l’occurrence Samy Badibanga Ntita et Bruno Tshibala Nzhenze avant que n’arrive l’actuel gouvernement de Ilunga Ilunkamba.

Plusieurs voix se lèvent pour exiger qu’un audit sérieux y soit entrepris afin d’expliquer cette catastrophe qui a coûté près de 500 millions de dollars au pays, que des personnalités financières et politiques soient entendues et que la justice sanctionne les fautifs.

Parmi les noms cités, celui l’ancien premier ministre Matata Ponyo. Sentant peut-être le souffle de la justice dans sa nuque et malgré son immunité de sénateur PPRD, il s’est empressé d’adresser un long courrier dont AFRIWAVE.COM a consulté une copie à l’Inspecteur Général des Finances, Jules Alingete Key comme pour s’expliquer à l’avance.

Faut-il le rappeler que depuis un temps, les limiers de ce service de l’Etat sont sur plusieurs dossiers liés à la corruption, aux détournements des derniers publics et à la malversation financière qui plombent les finances et l’économie du pays depuis des années.

« Jules Alingete, Inspecteur Général des Finances rencontre au moins une fois chaque semaine @fatshi13. Il est l’homme sur qui le PR compte dans le traçage, la filature, la traque … Il fout une véritable trouille quand il passe et répand la terreur » écrit notre confrère lesoftonline dans son édition du 1er septembre 2020 sur celui qui est présenté comme le condisciple de Matata durant leurs années Fac à l’Université de Kinshasa ( Qui est-il ? https://www.lesoftonline.net/articles/qui-est-il ).

 Lire aussi : RDC : Parc agricole Bukangalonzo, un gâchis économique sur fond de corruption et détournements des fonds publics https://www.afriwave.com/2020/08/19/rdc-parc-agricole-bukangalonzo-un-gachis-economique-sur-fond-de-corruption-et-detournements-des-fonds-publics/

Montré du doigt comme symbole de la « mauvaise gouvernance » par le nouveau président de la République Félix Tshisekedi dans son discours à la Nation du 30 juin 2020, constat confirmé par le passage de l’actuel premier ministre Ilunga Ilunkamba sur le site le 19 août 2020.

Ému par le spectacle qu’il avait devant ses yeux, le premier Ministre Ilunga s’était dit « peiné à comprendre ce qui a pu justifier pareil gaspillage des ressources publiques, les fonds pour l’exécution de ce projet prometteur ayant été décaissés en procédure d’urgence par ses prédécesseurs. La réponse est venue d’un membre de sa délégation, en l’occurrence le Ministre de Développement Rural : « C’est tout simplement un manque d’amour pour le pays ».

Et comme peut-être pour minimiser la responsabilité de sa gouvernance et ainsi se disculper d’avance, Matata Ponyo écrit : « Pour votre gouverne, c’est le consortium sud-africain AFRICOM Commodities, qui avait été chargé par le gouvernement, au regard de la complexité du projet, d’assurer la gestion technique et financière du projet dans sa globalité ».

Pour cela, l’ancien premier ministre recommande que l’Inspection Générale des Finances qu’au « regard des appréhensions de mauvaise gouvernance évoquées se saisisse du dossier, contrôle l’ensemble des comptes inhérents  dès le début des travaux jusqu’à ce jour, afin que toute la lumière doit établie sur l’ensemble des opérations financières liées à ce projet, et que toutes les responsabilités de détournement éventuel des fonds publics soient établies ».

L’homme de la « macro-économie » dit « appuyer la volonté du chef de l’Etat d’améliorer la gouvernance dans la gestion des affaires publiques laquelle couplée à un leadership de qualité constitue la condition sine qua none au décollage économique du pays ».

A cela Matata s’auto-louange sur « les performances socio-économique exceptionnelles  réalisées par son gouvernement depuis plusieurs décennies au cours de la période 2012-2016 principalement sur fond de amélioration de la gouvernance économique et financière ».

À la meilleure attention de l’Inspecteur Général des Finances et dans son autosatisfaction, Matata rappelle que « la bonne gouvernance et le leadership de qualité ont toujours été son leitmotiv de toute ma gestion publique dans ses nombreux mandats comme DG du Bureau Central de Coordination (BCECO) de 2003 à 2010, Ministre des Finances de 2010 à 2012 et Premier Ministre de 2012 à 2016 ». Pour l’honneur de la République et du peuple congolais, il écrit « encourager par la suite un audit financier global de tous les projets exécutés sous ma responsabilité de 2003 à 2016 ».

Principalement pour Bukanga-Lonzo, Matata suggère que pour « faciliter la tâche aux enquêteurs de l’IGF, que les rapports des différents audits sur le projet que j’vais commandés avant mon départ du gouvernement auprès ( du Cabinet NDLR) d’Ernest & Young puissent servir de base à cette action ».

Lire aussi : La société sud-africaine qui gérait Bukanga-Lonzo porte plainte contre la RDC  https://www.afriwave.com/2018/07/10/la-societe-sud-africaine-qui-gerait-bukanga-lonzo-porte-plainte-contre-la-rdc/

Pour terminer et en contradiction avec la responsabilisation de gestion des services des ministères compétents et la société sud-africaine qu’il évoquait dans sa lettre, Matata en « éclaireur de lumière » rappelle le communiqué de son Cabinet selon lequel « aucune structure gouvernementale n’était impliquée dans la gestion des fonds destinées au projet. La responsabilité du gouvernement était limitée à l’impulsion, au suivi et évaluation des travaux du parc ».

Dans l’entre-temps, après avoir quitté les lieux en 2019 ; Africom Commodities ; la société sud-africaine qui gérait le parc a porté plainte contre la RDC auprès de la Cour Internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale à Paris. Partenaires de 2014 à 2017, la société demande à la RDC de lui rembourser près de 20 millions de dollars d’impayés.

Pour expliquer son action téméraire qui a fait condamner la RDC alors que le parc a fait faillite, Christo Grobler, le directeur de la société Africom Commodities explique que sa société a subi plus de 50 millions de dollars de pertes à Bukanga Lonzo. En cause, des dépenses colossales, comme pour une nouvelle fabrique d’engrais, tout cela alors que les récoltes de maïs ont été 20 fois inférieures aux prévisions.

Mais aussi et surtout  souligne-t-il de la difficulté de travailler avec les autorités congolaises, qui auraient trop souvent changé d’avis sur quelle direction donner au projet pointait-il du doigt. Félix Tshisekedi vient de charger son Conseiller spécial Nicolas Kazadi de trouver une entente avec les sud-africains pour un règlement à l’amiable de ce conflit.

À l’issu de la visite de l’actuel premier ministre Ilunga Inlukamba, il s’est réengagé à relancer totalement l’agriculture et Bukanga-Lonzo, conformément au programme d’action de son gouvernement. La question étant avant tout de parvenir à l’autosuffisance alimentaire pour répondre au besoin de congolais, et contrairement aux idées reçues, « la richesse principale de la RDC, n’étant ni le cobalt, ni l’or, ni le cuivre ni même le diamant, mais plutôt l’agriculture, source d’une véritable croissance économique inclusive » s’était-il dit.

En attendant l’action de l’IGF à la lettre de l’ancien premier ministre, l’opinion générale congolaise ne jure elle que sur la dénonciation de corruption et du détournement des deniers publics dans cette affaire.

Et pour illustrer cela, l’imaginaire toujours féconde des Congolais dans le challenge du passé actuel sur les réseaux sociaux ; fait circuler une photo noire et blanc de Matata Ponyo avec une légende tout aussi explicite : « premier congolais a avoir semé du maïs dans la province de Kwango pour récolter une université et un centre de santé modernes dans celle du Maniema dont il est originaire ».

Roger DIKU et Thaddée Luaba Wa Ba Mabungi          

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