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RDC : Candide Okeke assume l’intérim d’Honoré Ngbanda à la tête de l’Apareco

C’est via un court communiqué signé son Secrétaire Général Patrick Lukika Fariala en date du 24 mars 2021 que madame Candide Okeke a été désignée Présidente Nationale ad intérim de l’Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo (APARECO).

Cette désignation intervient trois jours seulement après le décès d’Honoré Ngbanda à Agadir au Maroc dans la matinée du dimanche 21 mars 2021. Pour vite palier à l’incertitude et dans la nécessité de « combler le vide au sommet de notre Mouvement de résistance, et aux termes de l’article 9 paragraphe 2 des statuts de l’Apareco devant la situation de crise créée suite à la disparition inopinée de son Leader et Président National, monsieur Honoré Ngbanda Nzambo Ko Atumba » peut-on y lire à l’issu d’un Comité National réuni le lundi 22 mars 2021 afin de traiter des questions urgentes.

Un avenir incertain…

« La disparition d’Honoré Ngbanda laisse non seulement notre mouvement politique plus qu’orphelin d’un père, mais de tout tellement qu’il était l’incarnation personnifiée et le leader incontesté ; les autres membres du Comité national n’étant que des figurants » explique sous anonymat un autre proche du défunt.

« Nous savions que le PN pour dire prédisent national était beaucoup affaibli par la maladie. Il avait sérieusement maigri et le mal l’a emporté, nous laissant orphelin d’un père combattant » affirmait déjà un membre du Comité national depuis un pays européen.

« La désignation de son ancienne bras droit, une camarade engagée de première heure était plausible face aux autres prétendants. Une réalité cependant, malgré sa toute bonne volonté et son investissement à la tête du mouvement, Mme Candide Okeke ne saurait faire ni disparaître ; encore moins faire oublier l’image titulaire du fondateur Honoré Ngbanda. Certes qu’elle était devenue une des quatre vice-présidents du mouvement depuis quelques années, n’oublions pas que c’est une femme au milieu des hommes qui ont chacun leurs ambitions longtemps inhibées par la présence de Ngbanda. Notre avenir est plus qu’incertain comme mouvement de résistance car la survie après Ngbanda sera plus que dure » explique une autre source dans l’amertume.

Lire aussi : RDC-URGENT : Décès d’Honoré Ngbanda Nzambo Ko Atumba au Maroc https://www.afriwave.com/2021/03/21/rdc-urgent-deces-dhonore-ngbanda-nzambo-ko-atumba-au-maroc/

Un même constat de notre commentateur politique Joseph Bunduki : « Il ne sera pas facile de succéder à Honoré Ngbanda à la tête de l’Apareco si de son vivant il n’avait pas mis en place des structures ou une organisation qui pourrait lui survivre en cas de disparition. De manière générale en RDCongo, sauf quelques rares personnes éclairées, un parti ou un groupe musical s’identifie ou mieux est personnifié par son leader. Une fois qu’il disparaît, en règle générale le parti ou le groupe musical se dilue comme du sel dans l’eau. On peut se référer aux partis politiques créés en 1990 et qui ont participé aux travaux de la Conférence Nationale Souveraine. Combien existent encore aujourd’hui ? Quand on prend, sans être exhaustif, des groupes musicaux de renommée nationale comme l’African Jazz de Joseph Kabasele « Grand Kallé », l’African Fiesta Sukisa de Nicolas Kasanda « Dr Nico », Negro-Succès de Bavon Siongo « Marie-Marie », Ok Jazz de François Luambo Makiadi « Franco », Empire Bakuba de Kabasele Yampanya « Pépé Jean Kallé » de José Dilu Dilumona et de Jean Dode Matolu « Papy Tex » ; ils ont cessé d’exister avec la disparition du leader charismatique. C’est ce qu’il faut craindre avec l’Apareco ».

Et il poursuit : « Certes Mme Okeke assure un intérim pour garder la barque. Mais quand viendra la guerre des égos des personnes qui se pensent capables de diriger l’Apareco sauront-ils mettre en veilleuse leurs velléités et accepter un candidat plus consensuel ? Quelle sera la nouvelle ligne du mouvement ? Vont-ils rester sur « le pays est sous occupation rwandaise » où se chercheront-ils un nouveau credo ? Auront-ils les moyens financiers pour faire vivre leur structure car l’argent est le nerf de la guerre et c’est grâce à l’argent que l’on peut accéder à des informations plus ou moins sûres ? Le successeur d’Honoré Ngbanda aura-t-il la même force financière que le défunt Ngbanda ? ».

L’analyste Bunduki termine par un avis-conseil : « Autant de questions que l’Apareco devra affronter en interne pour espérer survivre. S’il y arrive et c’est ce qu’on lui souhaite, c’est d’entrer dans une opposition constructive qui aide les Congolais à résoudre leurs problèmes quotidiens et que l’on sorte de la dualité « collabo/ non collabo » qui n’aide pas au développement harmonieux de la RDCongo. C’est, comme le disaient les Romains ; du choc des idées que jaillit la lumière. Personne ne possède un savoir infus. La contribution de chacun est un pas de plus vers ce Congo prospère et développé que tout le monde réclame ».

Mort de l’ancien SG, le pasteur Faustin Shungu

Une coïncidence bonne ou malheureuse et même si les instances officielles de l’Apareco n’en ont pas parlé en dehors de Teddy Ngbanda, le fils d’Honoré Ngbanda sur sa page Facebook ; un autre deuil a frappé le mouvement avec la disparition du pasteur Faustin Shungu à Paris dans la journée de samedi 20 mars 2021.

Ancien Vice-président de la Communauté des Églises d’Expressions Africaines de France (CÉAF), membre de la Fédération protestante, Faustin Shungu fut le président de la pastorale des églises congolaises de France et pasteur-fondateur de l’Église Ebenezer à Choisy-le-Roi en banlieue parisienne.

C’est lui qui offrit la « chair » de son Eglise à Honoré Ngbanda pour quelques prédications à l’époque où il vivait encore en France.

Et c’est encore lui qui bénit le mariage de Teddy Ngbanda devenu à son tour pasteur.

Faustin Shungu fut le tout premier Secrétaire Général de l’Apareco à sa création en 2006 avant que sa route ne se sépare de celle d’Honoré Ngbanda. Ce dernier le désavoua lors des négociations dites de Nice dans le sud de la France entre l’opposition congolaise et les délégués de Joseph Kabila sous la facilitation du Groupe italien Saint Egidio.

Quel heritage ?

Avec son décès dimanche 21 mars 2021 au Maroc comme son mentor l’ancien président Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Zabanga dont il fut un des proches fidèles collaborateurs, c’est une page de l’histoire du Congo-Zaïre qui se ferme. Honoré Ngbanda laisse un héritage mitigé dans l’opinion de ses détracteurs vu son passé d’impitoyable de chargé des renseignements sous la dictature.

Avec sa disparition s’éteint aussi le dernier survivant de la tragédie des 16 février et 1er mars 1992 avec le massacre dans les rues de Kinshasa des chrétiens qui réclamaient la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) brutalement fermée par feu le premier ministre feu Jean de Dieu Nguz Karl i Bond.

Tous les protagonistes de cette affaire sont morts : l’ancien président de la République du Zaïre Mobutu Sese Seko, le ministre de l’Intérieur Tony Carbure Mandungu Bula Nyati, le gouverneur de Kinshasa Kibabu Madiata Nzau étant tous morts. Il en est de même des organisateurs de ladite marche le Dr François Kandolo et Pierre Lumbi Okongo ; tous deux membres du comité de la Coordination Laïque de Kinshasa.

Pour ses supporteurs par contre, il laissera l’image d’un chrétien et d’un combattant engagé pour la libération de son pays qu’il disait occupé par l’Ouganda et le Rwanda. Il restera également l’un des rares hommes politiques ayant écrit plusieurs ouvrages touchant aussi bien à la situation sécuritaire en Afrique Centrale que sur d’autres aspects du continent entre autres :

  1. La problématique de la souveraineté dans les conférences nationales d’Afrique (Kinshasa 1993)
  2. Afrique : démocratie piégée. Editions Équilibres Aujourd’hui, Condé-sur-Noireau (1994)
  3. La transition au Zaïre : le long tunnel. Éd. Noraf, Kinshasa (1995)
  4. Ainsi sonne le glas ! Les derniers jours du maréchal Mobutu. Éditions Gideppe, Paris, 1998
  5. Crimes organisés en Afrique Centrale”, la préface a été signée par Charles Onana
  6. Stratégie du chaos et du mensonge-Poker menteur en Afrique des Grands Lacs. (Coécrit avec Patrick Mbeko), édition de l’Érablière, Montréal (2014), etc.

Roger DIKU et TSHIKUYI TUBABELA

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