home Politique, RD Congo RDC : Nicholas Kabanga répond à Matata Ponyo sur son analyse comparative entre le FCC et l’Union Sacrée

RDC : Nicholas Kabanga répond à Matata Ponyo sur son analyse comparative entre le FCC et l’Union Sacrée

L’échec du camp de Kabila à l’élection présidentielle de 2018 n’est pas à chercher dans la structuration du FCC (Front Commun pour le Congo), qui est un fait privé, mais plutôt dans la mauvaise gouvernance, l’absence d’un leadership exemplaire, la corruption et l’impunité qui ont caractérisé le système.

Soutenir que la raison de l’échec de Shadary était dû au fait que les sociétaires du FCC avaient tous des objectifs divergents, c’est chercher à occulter, pour Matata Ponyo, la responsabilité qui est sienne, dans un système défaillant qui avait démontré ses limites depuis bien des années.

En se rendant aux urnes en 2018, après deux ans de glissement, le peuple congolais avait un ardent désir de sanctionner le Président Kabila et le système qu’il incarnait, en portant ainsi son choix sur Tshisekedi au détriment du candidat de l’establishment. En fait, quel que soit le candidat qui aurait été présenté, sous quelque forme que ce soit, issu du FCC ou d’un autre groupe homogène quant à l’idéologie, le camp Kabila n’aurait jamais remporté cette élection présidentielle. Au FCC, tous le savaient, Matata y compris.

Conscient de l’impopularité de Joseph Kabila et du rejet de son modèle par le peuple Congolais, déjà en 2013, le Professeur Boshab lançait un débat sur la nécessité de modifier la Constitution pour, selon lui, éviter l’inanition de la Nation. Il s’en suivra plusieurs modifications de la Constitution et la promulgation des lois taillées sur mesure pour tracer un boulevard à Kabila vers un troisième mandat. Ça ne sera pas sans rencontrer la colère du peuple dont les protestations seront réprimées dans le sang, à compter des premières manifestations en Janvier 2015 jusqu’à celles de 2018, faisant plus de 50 morts dont Rossy Mukendi Tshimanga, Thérèse Kapangala et Hussein Ngandu…

Ici, point n’est besoin de rappeler qu’en ce moment-là, Matata Ponyo était Premier Ministre (fonctions qu’il a assumé d’avril 2012 à novembre 2016). Et, il y a peu, le Professeur Boshab nous a savamment entretenu sur les pouvoirs que détient le Premier Ministre dans un régime primo-ministériel.

En se présentant à l’élection présidentielle de 2006, Joseph Kabila portait un programme qui se résumait en cinq chantiers prioritaires, à savoir : les infrastructures (routes, rails, ponts), la création d’emplois (qui devait passer par les investissements), l’éducation (reconstruction des écoles et des universités), l’eau et l’électricité, et enfin, la santé. Ces 5 chantiers seront transformés en 2011 en Révolution de la Modernité, un concept tout aussi creux que l’ont été les 5 chantiers qui n’auront rien donné de concret à la suite des fameux contrats chinois.

C’est sur fond de ce projet populiste et démagogique connu sous l’appellation « Révolution de la Modernité » que le Premier Ministre Matata Ponyo va conduire une politique incohérente, en total déphasage avec les 7 piliers supposés de cette énième trouvaille que Kabila nous présentait comme programme de gouvernance, à savoir : faire de la RDC un pool d’intelligence et du savoir, un vivier de la nouvelle citoyenneté et de la classe moyenne, un grenier agricole, une puissance énergétique et environnementale, un pool économique et industriel, une terre de paix et de mieux-être et enfin une puissance régionale au cœur de l’Afrique.

Depuis son accession au pouvoir, Joseph Kabila a enchaîné des Premiers Ministres faibles, sans vision et incapables de conduire des politiques structurelles à même de faire avancer le pays pour l’amener au rendez-vous de l’histoire. Il reconnaissait déjà, en 2009, lors d’une interview accordée à un média américain, n’avoir pas trouvé 15 collaborateurs fiables et bien déterminés à transformer le pays.

Près de 10 ans plus tard, le constat était encore le même et sans appel. Le 26 janvier 2018, lors d’une conférence de presse, au Palais de la Nation, Joseph Kabila disait son regret de ne pas avoir réussi à transformer l’homme congolais. « On (surement son régime) a gardé des points négatifs du Zaïre », disait-il. Ce regret de Joseph Kabila couvrait aussi l’ère Matata.

A titre d’exemple, pour illustrer ce déficit du système Kabila et de l’ensemble de ses animateurs, je citerai un cas emblématique, survenu sous Matata Ponyo : Bukanga Lonzo.

Lancé en pompe en 2014, avec des objectifs de production ambitieux, sur fond d’une propagande qui n’avait d’égal que les prouesses du régime nord-coréen, le projet s’effondrait trois ans après, renvoyant au chômage le personnel congolais, privant le pays de la production attendue et ratant les objectifs de départ, entre autres, celui de faire de la RDC un grenier agricole et un pool économique & industriel.

En 2015, la firme Ernest & Young réalisera, pour le compte du Ministère des Finances, un audit du projet -qui a fuité- dans lequel est peinte une image accablante de la conception et de la gestion. A en croire l’audit, l’État a dépensé plus de 100 millions de dollars de fonds publics dans le projet, dont plus de 53 millions directement versés à Africom, le partenaire sud-africain.

Les constatations de l’audit incluent entre autres :

  • Le manque de responsabilité financière pour le projet, toute la comptabilité financière étant réalisée en Afrique du Sud, en violation des lois de la République ;
  • Le refus de la société de produire certaines informations financières, des informations sur le chiffre d’affaires, les ventes, les achats, les comptes bancaires, etc.
  • L’absence d’avis d’appel d’offres pour l’achat des équipements et des fournitures par le partenaire sud-africain Africom ;
  • Des sommes manquantes dans les flux financiers entre le gouvernement et Africom ;
  • L’absence d’inventaire physique des stocks ;
  • Une forte suspicion de surévaluation de certains services payés.

Je ne citerai pas ici la surfacturation des travaux de l’immeuble dit intelligent ou de l’aérogare de l’Aéroport International de N’Djili. Les écoles et les hôpitaux promis dans chaque territoire n’auront figuré que dans les écrits, là où le peuple côtoyait misère et insécurité. C’est avec ce tableau sombre que le camp Kabila, honni par le peuple, s’est présenté aux élections.

Se positionner en donneur de leçons, établir un parallèle entre le FCC et l’Union Sacrée, en émettant un jugement de valeur, sur fond d’un discours politiquement motivé, sans jamais se remettre en cause, ne passera pas inaperçu aux yeux de toute personne avertie. C’est bien trop facile pour Matata Ponyo !

Cela étant, si le système Kabila avait fait preuve de bonne gouvernance avec un leadership exemplaire en s’attaquant à la corruption et en donnant son indépendance à la justice, le résultat aurait été tout autre.

Pour finir, Monsieur Matata aurait compris que l’Union Sacrée n’est pas le FCC bis, s’il avait eu le courage de se remettre en cause en regardant la vérité en face, en analysant froidement les raisons de la débâcle de son camp à l’élection présidentielle de 2018.

Nicholas L’Excellent Kabanga, Entrepreneur et Secrétaire National chargé de Communication du parti Ensemble Changeons le Congo

Article à lire sur : RDC : Nicholas Kabanga répond à Matata Ponyo sur son analyse comparative entre le FCC et l’Union Sacrée https://grandjournalcd.net/2021/01/12/rdc-nicholas-kabanga-repond-a-matata-ponyo-sur-son-analyse-comparative-entre-le-fcc-et-lunion-sacree/

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