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RDC : La dépouille d’Etienne Tshisekedi de retour à Kinshasa, ou la fin d’un long feuilleton très politique

Par Matthieu Vendrely

La dépouille du chef historique de l’opposition congolaise est attendue, ce jeudi 30 mai à Kinshasa, avec plusieurs heures de retard. Etienne Tshisekedi est mort le 1er février 2017 à Bruxelles en Belgique. Depuis deux ans, ce rapatriement est l’objet d’un feuilleton à rebondissements, très lié à la crise politique qui a secoué le pays.

Etienne Tshisekedi meurt le 1er février 2017 à Bruxelles en Belgique. Il a 84 ans. L’opposant historique à Mobutu (à partir du début des années 80) puis aux Kabila père et fils a dû quitter Kinshasa quelques jours plus tôt pour raisons de santé.

Rapidement, la question de ses obsèques devient un point de crispation alors que le pays traverse déjà une crise politique liée à la future présidentielle que le pouvoir tarde à organiser.

Joseph Kabila « ne pouvait pas prendre le risque d’autoriser un retour qui pouvait tourner à la confrontation entre les militants et sympathisants de l’UDPS et les forces de l’ordre », nous explique un bon connaisseur du dossier.

15 février 2017, deux semaines après la mort du « sphynx de Limete » (du nom de son quartier de résidence à Kinshasa), et alors qu’au siège de l’UDPS -son parti- les hommages affluent encore, le bras de fer a déjà commencé.

1er mars 2017, la situation se débloque. Une date est fixée pour le rapatriement de la dépouille, ce sera le 11 mars.

Au cimetière de la Gombe à Kinshasa, les travaux de construction du mausolée commencent. Mais au sein de l’UDPS, la polémique fait rage : une partie des militants souhaite que l’accord du 31 décembre 2016 entre le pouvoir et l’opposition soit appliqué avant le rapatriement. Le texte prévoit notamment la nomination d’un Premier ministre issu des rangs de l’opposition.

22 avril 2017, la colère des militants de l’UDPS a eu raison de la volonté de la famille du défunt.

Près de trois mois après la mort d’Etienne Tshisekedi, sa dépouille est toujours à Bruxelles. Mais une date et un lieu sont finalement fixés : rapatrié le 12 mai 2017, “le vieux” reposera au siège de son parti dans la commune kinoise de Limete.

Quinze jours plus tôt, le président Joseph Kabila a nommé un nouveau Premier ministre, Bruno Tshibala, issu de l’UDPS mais dont il avait été exclu quelques semaines auparavant. L’accord de la Saint-Sylvestre a volé en éclat.

10 mai 2017, deux jours avant la date annoncée pour le rapatriement de la dépouille, des incidents éclatent devant le siège de l’UDPS. Un camion de police incendié, deux agents blessés. Le pouvoir congolais accuse le Rassemblement de l’opposition, coalition dont fait partie le parti de Tshisekedi. L’UDPS, pour sa part, accuse les autorités. Le retour du corps est reporté sur décision du parti qui déplore le maintien d’une présence policière aux abords de ses locaux.

17 juin 2017, Félix Tshisekedi, fils du défunt et désormais secrétaire adjoint de l’UDPS, est invité du journal Afrique de TV5MONDE pour évoquer le 1er anniversaire du Rassemblement, la coalition de l’opposition qu’il préside.

A cette occasion, interrogé sur la date du retour de la dépouille de son père, le futur président ne peut que confirmer le lieu de l’enterrement, une concession familiale à N’Sélé, dans l’Est de Kinshasa.

27 juillet 2017, Etienne Tshisekedi est mort depuis près de six mois.

Invitée de TV5MONDE, sa veuve, Marthe Tshisekedi lance un appel : “quelqu’un est décédé il y a six mois et le gouvernement congolais ne veut pas qu’on aille l’enterrer dans son pays natal”. Elle reproche aux autorités congolaises de tout faire pour ne pas signer l’accord sur l’organisation des obsèques alors que le document porte déjà la signature de la famille et de l’UDPS.

21 avril 2018, un accord est enfin signé ! Financement, hommages, lieu de la sépulture… Le document porte sur les modalités d’organisation des obsèques. En bas de page, les signatures de représentants du pouvoir, de l’UDPS et de la famille : c’est une première.

A cette occasion, une « trêve politique » est décrétée alors que la tenue d’une élection présidentielle déjà reportée reste incertaine.

Mais le jour de la signature, les responsables de l’UDPS sont loin de crier victoire.

1er février 2019, voilà deux ans que « le vieux » est mort. Sa dépouille se trouve toujours en Belgique mais la donne a changé. Son fils Félix est devenu président de la République démocratique du Congo à l’issue d’un interminable processus électoral extrêmement tendu.

A Kinshasa, le nouveau chef de l’Etat assiste à une messe en hommage à son père.

► 21 mai 2019, alors que le climat politique s’apaise nettement, c’est le frère de l’opposant défunt qui l’annonce : « Le corps d’Etienne Tshisekedi arrive le 30 mai et les funérailles se passeront au stade des Martyrs ». L’hommage va durer trois jours, avec deux temps forts attendus : ce jeudi toute la journée, le cortège funèbre doit parcourir une trentaine de kilomètres au départ de l’aéroport de N’Djili. A mi-parcours, il passera à Limete, le fief de Tshisekedi dans la capitale. Vendredi, le corps doit être exposé au stade des Martyrs pour un recueillement populaire, une messe et une veillée mortuaire. Six chefs d’Etat africains sont attendus, dont le rwandais Paul Kagame.

Un hommage très coûteux

Le site de RFI relate ce 29 mai la polémique qui fait rage à Kinshasa autour du prix de l’hommage à Etienne Tshisekedi. Le seul monument érigé en sa mémoire coûterait 2,5 millions de dollars. Interrogée par RFI, la présidence parle de « spéculations », mais du côté des organisateurs des obsèques, on affirme que le coût est dans la même fourchette que pour les obsèques d’autres personnalités, comme l’ancien président Laurent-Désiré Kabila, mort en 2001.

Article à lire sur : RDC : La dépouille d’Etienne Tshisekedi de retour à Kinshasa, ou la fin d’un long feuilleton très politique https://information.tv5monde.com/afrique/rdc-la-depouille-d-etienne-tshisekedi-de-retour-kinshasa-ou-la-fin-d-un-long-feuilleton-tres

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