home Politique, RD Congo, Régions Meurtre de Zaida Catalan et Michael Sharp : une vidéo controverse et qui accable

Meurtre de Zaida Catalan et Michael Sharp : une vidéo controverse et qui accable

De l’horreur abjecte. C’est une vidéo controverse et qui accable que les autorités congolaises ont diffusé hier lundi 24 avril 2017 à Kinshasa en rapport avec le meurtre de deux experts de l’ONU en fin du mois de mars dernier dans la région du Kasaï. Disparus le 12 mars en compagnie d’un interprète et trois chauffeurs de motos taxis, trois corps ont été retrouvés le 27 du même mois non loin de l’endroit de leur kidnapping ; dont celui de l’interprète congolais et deux expatriés. Les trois conducteurs des motos-taxis sont toujours introuvables jusqu’à ce jour.

Les deux fonctionnaires dépendant du Conseil de Sécurité de l’ONU enquêtaient sur les probables exécutions sommaires attribuées aux forces de sécurité nationales congolaises (armée et police) dans leur répression sur des présumés miliciens Kamuina Nsapu, du nom de ce chef coutumier assassiné en août 2016 par les mêmes forces. Depuis lors, l’ONU a comptabilisé plus de 500 personnes tuées par les forces de sécurité du pays et plus d’une quarantaine des fosses communes contenant des cadavres sur lesquelles toute la lumière devra être faite.

Cette décision unilatérale du gouvernement congolais démissionnaire n’est du gout de tout le monde en commençant par l’ONU et les familles des disparus. Pour l’organisation internationale qui se dit horrifiée, cette vidéo qui s’avère être authentique est une preuve du crime. Elle n’aurait pas dû ni être publiée, ni être montrée. On ne peut qu’imaginer combien cela est traumatisant pour les familles des victimes souligne le porte-parole Stéphane Dujarric cité par l’AFP.

De son côté, le régime de Kinshasa par la voix du ministre Mende ; porte-parole du gouvernement interrogé par RFI, les choses sont claires quand il s’agit de défendre l’armée et la police congolaises : la vidéo concernant les deux enquêteurs des Nations unies montre très bien leur mise à mort par le Kamuina Nsapu. Il y a même des propos, on entend, ceux qui traduisaient ce qui se disait en tshiluba, tout ça… et on les voit très bien à l’œuvre, c’est très visible… Nous ne sommes pas catégoriques [qu’il s’agit des Kamina Nsapu, ndlr], nous ne sommes pas juges. Nous, nous avons des images qui montrent des Kamuina Nsapu en train de faire cela. Si ce ne sont pas des Kamuina, le juge le dira. Mais nous avons montré ce qu’il y a pour que l’on cesse de parler de la police et de l’armée. Ceux qui accusent les forces armées aussi n’ont pas d’éléments. Donc nous avons voulu montrer quelle est la nature de cette violence que subissent les Kasaïens aujourd’hui. C’est une violence terroriste. Ce n’est pas une violence de revendication sociale. D’ailleurs, on ne voit pas pourquoi on doit négocier avec des terroristes. Pourquoi seul le Congo est appelé à négocier avec des terroristes. Nous devons les réprimer. C’est ça notre devoir.

Des images accablantes et horribles

De cette vidéo qui circulent sur les réseaux sociaux depuis sa diffusion par les autorités congolaise, c’est une suite d’images accablantes et horribles que l’on découvre. Les deux experts onusiens y sont visibles et se déplacent avec un groupe d’hommes à travers une clairière. Libres de leurs mouvements, ils semblent détendus. Parmi les accompagnants, des individus non autrement identifiés dont certains ont la tête entourée d’un bandeau rouge, signe de reconnaissance des supposés miliciens Kamuina Nsapu. Apparemment et en écoutant la conversation en partie en tshiluba (langue du Kasaï), le petit groupe se dirigeait vers un site de fosse commune.

Brusquement, une séquence dans la suite de la vidéo montre que les choses se dégradent : les deux experts sont assis au sol comme menacés et tout va alors très vite. Michael Sharp est tué presque à bout portant d’un coup de feu. Zaida Catalan qui se jette sur lui comme pour le défendre l’est juste après de deux coups de feu dans le dos. Deux individus suivant les ordres d’autres individus placés hors champ de la caméra du téléphone portable coupent quelques mèches des cheveux de la jeune femme soi-disant pour avoir une puissance magique avant de lui trancher la tête. La vidéo se termine.

Des interrogations qui persistent

Alors que les investigations tant de l’Onu que des autorités congolaises ne sont pas encore terminées, la diffusion de cette vidéo vient encore jeter des troubles dans ce dossier dont les interrogations persistent. Qui a enlevé les expertes de l’ONU, qui les a assassinés et pourquoi (même si les hommes filmés portent sur eux les attributs des présumés Kamuina Nsapu à savoir ce fameux bandeau rouge autour de la tête), pourquoi avoir filmé cette mise en scène macabre ?

Pour Lambert Mende, l’auteur de la vidéo aurait déjà été arrêté, retrouvé par la police après l’avoir mis en ligne. Mais pourquoi aussi cette soudaineté dans le chef des autorités congolaises se demandent les observateurs ?  Pourtant, les mêmes autorités avaient nié avec toutes leurs forces, toujours par le même Mende et avant de le reconnaitre plus tard la vidéo démontrant les exactions de l’armée à Muanza-Lomba sur lesdits présumés miliciens ? Qu’est-ce qui a changé et qu’en est-il des militaires et autres personnes interpellés dans cette première affaire qui reste intimement liée à celle du meurtre des deux experts onusiens ?

Selon Mende toujours, dévoiler cette vidéo aux responsables de médias congolais et aux correspondants étrangers doit permettre de montrer la violence avec laquelle opère le groupe qui utilise le nom Kamuina Nsapu qui ne sont que des terroristes qu’il faut éradiquer par tous les moyens. Ce qui présage bien la suite des évènements dans cette contrée du pays.

Voilà près de neuf mois que cinq provinces de l’espace Kasaï (Kasaï Central, Kasaï Occidental, Kasaï Oriental, Lomami et Sankuru) sont en proie à une insécurité permanente. Aux attaques des supposés miliciens Kamuina Nsapu s’en suit une répression des forces de sécurité congolaises dénoncée par tous comme disproportionnée. Ce conflit qui dure depuis neuf mois a déjà fait plus d’un million de déplacés, selon les Nations unies.

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