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RDC : quatre ans déjà que mourait le colonel Moustafa Mamadou Ndala

C’est au cours d’une embuscade probablement bien préparée que le colonel Moustafa Mamadou Ndala a trouvé la mort  le jeudi 2 janvier 2014 sur une route de forêt en province du Nord-Kivu vers un théâtre d’opération. Le traquenard s’est enfermé près de l’aéroport de Mavivi, à quelque cinq kilomètres de la ville de Beni.

Quatre ans après cette tragédie et un semblant de procès militaire, aucune explication gouvernementale n’est jamais venu élucider ni les causes, encore moins les circonstances claires de cette mort. L’officier d’ordonnance, mieux le garde soupçonné d’avoir subtilisé certains biens du commandant dont son téléphone portable est décédé dans sa cellule avant même la fin de son procès.

Des circonstances troubles

Ce sont des circonstances troubles qui entourent cette mort tragique. Alors que l’attente et le questionnement après la mort du commandant Ndala n’avaient pas encore trouvé une réponse, l’arrestation musclée de son aide de camp, le Capitaine  Moïse Banza; suscitait plus qu’une interrogation. C’est le ministre de Communication Lambert Mende qui expliquait : «le gouvernement congolais  annonce l’interpellation ce samedi 18 janvier 2014 du capitaine Moïse Banza, l’aide de camp du commandant Mamadou Ndala, mort le 2 janvier dernier dans une embuscade». Et pour motif «le capitaine Banza était recherché depuis près d’une semaine pour ne pas avoir répondu à l’ordre de retourner à Beni et de se présenter devant la justice militaire qui voulait l’interroger dans le cadre de l’enquête sur la mort du commandant Mamadou, et par rapport à une plainte pour vol des effets personnels de son ancien chef».

Des sources bien renseignées ont toujours affirmé que ce sont ses propres frères d’armes qui seraient soupçonnés d’avoir exécutés cette sale besogne. Les militaires FARDC de Beni, avec leur tête un commandant issu du CNDP rwandophone et donc allié du M23 avaient juré d’avoir la peau de Mamadou Moustafa Ndala.

 

Qu’avait bien voulu cacher le gouvernement congolais de l’époque au travers de cette précipitation alors que toutes les enquêtes n’étaient pas encore terminées ?  Banza qui gérait la communication de Ndala et qui disait se sentir  menacé au titre de sa proximité avec son ancien chef n’avait-il pas fait des demandes d’asile politique auprès de différentes ambassades ? Son interpellation musclée en plein centre-ville de Kinshasa alors qu’il était aux côtés de deux journalistes de RFI et France 24 pour un rendez-vous en vue de parler de l’assassinat du commandant Mamadou en dit long.

Qui fut Mamadou Ndala ? Ce natif de la province Orientale (Ex- Haut-Zaïre) n’est pas qu’un enfant de cœur. Considéré comme un symbole du renouveau au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) face aux groupes rebelles qui terrorisaient l’Est du pays, il est né le 8 décembre 1978 à Ibambi non loin de Watsha. Il fait ses premières armes au sein d’une rébellion militaire à côté d’un autre enfant terrible de la rébellion congolaise, Roger Lumbala Wa Tshitenga au sein de son RCDN-Lumbala proche des Ougandais.

Mamadou Moustapha Ndala est signalé comme militaire en 1997, année qui marque l’entrée de l’AFDL de triste mémoire dans le pays. Avec un parcours plus que difficile à tracer, on le signale un temps au MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo. Comme la plupart de ses congénères, il trafique dans tout : minerais, soldes des militaires fictifs entre Nyunzu et Kongolo dans le Nord Katanga, aux frontières avec le Maniema et les deux provinces du Kivu. Ce sont les américains qui lui donneront la chance d’une nouvelle vie en juin 2009. Et ce, en l’incorporant dans un programme de formation pour devenir officier.

Un rapport de la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc) daté du 8 février 2007 l’accuse carrément dans des termes plus que clairs : «le capitaine Mamadou Ndala, commandant d’une unité de 40 hommes qui se fait appeler Unité militaire du sous-secteur est accusé de travail forcé et d’extorsion de biens appartenant aux creuseurs d’or et aux commerçants de Lunga. Un de ses soldats est en attente de jugement pour avoir ouvert le feu et blessé un homme qui se trouvait sur son chemin alors qu’il tentait de procéder à l’arrestation arbitraire d’un creuseur».

Officier de terrain de valeur sûrement et apprécié de ses hommes dit-on, il n’a pas manqué de sens tactique et de niaque lorsqu’il affirmait par exemple «la guerre se terminera d’où elle est venue» c’est-à-dire au Rwanda. Ce qui n’avait pas du tout plu aux politiques de Kinshasa et leurs complices du Rwanda dans l’exploitation des richesses du Congo sous la fallacieuse raison de pourchasse contre les FDLR génocidaires de 1994. «Nous devons mourir pour la patrie» martelait-il en reprenant les propos de Mzé Laurent-Désiré Kabila du 26 novembre 1998, exhortant à «ne jamais trahir la Nation» lorsque les rebelles rwandophones du RCD-Goma attaquaient le pays depuis Goma et Bukavu.

Avec ses hommes, Mamadou Ndala était parvenu à déloger les rebelles du M23 de certaines de leurs positions dans le territoire de Kibati, notamment à Kanyaruchinya, localité située à une dizaine de kilomètres au nord de Goma. Et ce, avant de les mettre en déroute et défaire totalement pour marque la fin de leur rébellion. Chaque guerre crée ses héros, Mamadou Ndala en était devenu un. Du stade de héros de Goma, il était  devenu un martyr national en tombant à Beni. Sa mort nous a démontré encore que la lutte pour la souveraineté totale du pays est loin de se terminer.

C’est sur sa route pour affronter les rebelles ougandais des ADF-Nalu qu’il trouvera la mort. La fin tragique de cet homme et la précipitation du gouvernement de Kinshasa d’alors dans la gestion du dossier de ce drame cachent-elles quelque chose ? On le saura peut-être un jour ou jamais.

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