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Vital Kamerhe et l’UNC : entre amertume et déception, une réalité politique au lendemain qui déchante

Amertume, déception et malaise et parfois jubilation sont autant des signes et sentiments qui sont visibles au sein de l’opposition minoritaire pro-dialogue depuis la nomination de Samy Badibanga Ntita,-un ex-UDPS– au poste de premier ministre de la période transitoire. Pourtant, le plus cité à ce poste n’était autre que Vital Kamerhe, président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) et chef négociateur de cette opposition qui avait rendu possible la tenue dudit forum national avec la majorité au pouvoir. Le refus par lui et son parti de participer au nouveau gouvernement (pour lequel il se sera battu en co-modérant le dialogue) dirigé par Badibanga traduit bien l’ambiance et l’état d’esprit qui régneraient entre les deux proches amis de circonstance d’hier.

Vital Kamerhe et tous les tiens y croyaient dur comme fer que l’heure de gloire et de vérité pour leur leader était arrivé, une revanche après la brouille avec Kabila en 2009. Speaker de la chambre basse du parlement comme président, Kamerhe ne fut pas d’accord de la décision entre le congolais Joseph Kabila et le rwandais Paul Kagame dans l’accord secret pour une intervention de l’armée patriotique rwandaise sur le territoire congolais à la poursuite des rebelles FDLR rwandais. Grosse colère toute légitime du président du parlement que la chambre dont il avait la présidence ne soit pas consulté en cette matière si stratégique pour le pays. Réponse aussi toute sèche de Kabila pour qu’il existe certaines matières pour lesquelles tous ne devraient étaient au courant, notamment les questions militaires.

C’est le début de la séparation entre les deux amis d’hier et la majorité se rangeant derrière Kabila désavouera Kamerhe poussé à la sortie par sa démission de son perchoir. Aucun contact entre les deux hommes jusqu’en 2016 et la tenue du dialogue politique. Car dans entre-temps, Kamerhe créera son parti politique l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) et sera candidat à la présidentielle contre Kabila en 2011 où il sera troisième avec 9% des suffrages du pays. En janvier 2015, il sera même à la pointe des manifestations de la Dynamique de l’opposition contre toute révision constitutionnelle. Plusieurs victimes furent comptabilisées dans la répression du régime sur les opposants.

Dialogue politique national

La grave crise politique devenue constitutionnelle qui secoue le pays depuis ces élections de 2011 et la convocation par Kabila sera l’occasion de renouer entre les deux hommes. C’est au sortir des négociations (sic !) avec la Majorité Présidentielle (MP) que le chef de l’opposition pro-dialogue et Co modérateur de ce forum Vital Kamerhe est sorti de son bois. Se confiant aux journalistes dont notre confère parisien jeuneafrique.com il déclare : «Aujourd’hui, à l’instar de Nelson Mandela, taxé de traître pour avoir préféré, une fois sorti de la prison, négocier au lieu de mener des actions punitives contre les Afrikaners, j’ai choisi de dialoguer. Je caresse le rêve d’arriver à donner au président Kabila l’occasion de partir sans tirer un seul coup de feu. Pour que dans 15 ou 20 ans, la RD Congo aussi puisse avoir trois ou quatre ex-présidents en vie».

A une autre question sur le poste de premier ministre dès la fin du Dialogue dont on lui prête les appétits et autres intentions il répond : «Je ne peux pas en rougir, mais ce n’est pas mon premier objectif. Je suis un serviteur au service du peuple congolais. Tout le monde sait où se situent mes ambitions. Faut-il rappeler que je suis un ancien candidat à la présidence de la République et ancien président de l’Assemblée nationale. Le poste de Premier ministre, ce n’est point un appât pour moi». Au moins les choses sont claires que Vital Kamerhe a des objectifs et sa participation au dialogue en était le strapontin.

Le chemin lui devrait-il être grandement ouvert ? Il y avait lieu d’en douter car le président Kabila qui ne parle pas trop sait aussi ne pas oublier. De même pour les nouveaux chefs de sa majorité qui ne portaient pas Kamerhe dans leur sentiment. La nomination de Samy Badibanga comme premier ministre alors qu’il n’était qu’au second plan en est l’illustration. Si certains observateurs parlent d’une manœuvre du régime pour déstabiliser l’UDPS dont Badibanga fut un membre, les connaisseurs expliquent que c’est un message fort à Kamerhe et ses proches que la majorité n’est pas prête à cohabiter de nouveau avec eux.

Le désaccord de 2009 lors de l’entrée des troupes de l’armée patriotique rwandaise en RDC sans l’aval du parlement que dirigeait Kamerhe aura laissé des traces ineffaçables entre lui et Joseph Kabila. De plus, s’il devenait premier ministre, ses ex-amis de l’opposition qui crient à la traitrise auront été  dans la rue pour le lui rappeler en ne lui permettant pas  de gouverner sans remous. Ce qui sera le cas avec Samy Badibanga de qui on attend de voir sa marge de manœuvre dans sa gouvernance qui risque de s’arrêter bien avant avril 2018

Des mauvais choix pour des mauvaises alliances

Certains cadres et militants de l’UNC qui ont contacté www.afriwave.com sont plus qu’amers. Même s’ils ne le disent pas tout haut, ils reprochent à leur président d’avoir toujours misé sur des chevaux perdants en faisant des mauvais choix politiques pour des mauvaises alliances. Un conseiller proche du président Kamerhe nous déclare : «le président Kamerhe le sait très bien qu’en dehors de l’UDPS, aucun autre parti politique dans ce pays, même le PPRD n’a des capacités de mobilisation sans corruption. C’est avec ce parti qu’on devrait être en bonne intelligence pour forcer le régime au changement. Son choix d’alliance avec Kengo et Kashala en 2011 nous a montré la vérité de ses limites, où sont Kashala et Kengo dans ce qui se discute au Congo pour le moment ? Les quelques députés élus de 2011 dans le Kasaï et à l’Equateur l’avaient été parce que présentés comme étant avec le président Etienne Tshisekedi pour l’alternative face à Joseph Kabila. Aujourd’hui avec les départs de nos anciens cadres comme Bitakwira, Ewanga, Lubaya qui ont créés leurs partis politiques et peut-être d’autres encore; que va-t-il nous rester comme force au sein du parlement actuel et qu’en sera-t-il pour la prochaine législature ?».

Et ce cadre de poursuivre sans savoir très bien combien de temps il restera encore à bord du navire UNC : «l’alliance avec Samy Badibanga qui se réclamait de l’UDPS alors que son ex-parti l’avait désavoué depuis longtemps comme accompagnateur pour le dialogue nous a desservi encore une fois. Le président Kamerhe qui pensait peut-être prendre sa revanche sur l’UDPS et Etienne Tshisekedi taxés des radicaux avec leur coalition du Rassemblement à encore été un faux calcul. Pour vraie dire, c’est au sein du Rassemblement que se trouve la place de l’UNC et du président Kamerhe qui a contribué à la création de la Dynamique de l’opposition qui est membre de ce regroupement. C’est en coalisant nos forces qu’on peut gagner mais certaines ambitions nous ont desservis. Kamerhe est plus que déçu de la trahison de Badibanga; c’est la politique et il nous faut aller de l’avant même si ça sera très difficile pour la reconstruction».

felixmoisevital

Cette amertume dans la hiérarchie du parti est celle de sa base. Un militant de l’UNC présent à côté du conseiller nous interpelle : «Avant même la fin du dialogue, on a vu déferler sur Kinshasa les camarades venus de  Bruxelles, de Paris et d’ailleurs même si nous n’avons rien contre-eux, tous bardés des diplômes comme quoi le temps était arrivé pour eux de se partager qui les postes de conseillers, d’autres des  experts en tout et rien.  Nos responsables du parti ont même fait semblant de nous oublier nous qui sommes au chaudron tous les jours sur terrain. Cet épisode me rappelle celle de l’entrée de l’Afdl en 1997 lorsque toutes les diasporas congolaises qui ne connaissent rien de nos réalités de chaque jour se sont vite dégonflées en diaspourie. Je pensais que cela devrait nous enseigner mais hélas…».

Parier toujours sur des chevaux perdants…a ses conséquences : se faire déplumer sois même. C’est pourtant là la triste réalité politique d’aujourd’hui pour le leader de l’UNC ou ce qui en reste encore pour combien de temps que personne ne sait !

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