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RD Congo : le fantôme des années 1960 rode….

Nul ne vous le dira. Pourtant c’est bien cela la vérité : le pays se trouve au bord d’une guerre civile suite à «la profonde crise de confiance qui s’est installée entre nos acteurs politiques». Tous sont hypocrites. Et il y en a même qui vont tenter de se la jouer caporal Mobutu comme à l’aube de l’indépendance. Profitant du vide juridique pour se frayer suicidaire-ment une tranchée vers la magistrature suprême. Mais ce serait sans compter sur la loyauté de certains hommes en uniforme. Chacun peut toujours se faire une idée sur le scénario macabre. Nul ne sait exactement qui sera de quel côté et avec qui? Et cette crise de confiance est même prévisible parmi les hommes en uniforme. Imaginez donc le quiproquo…

A ce stade, nul n’est prêt (ready) pour lâcher prise car bien entendu de part et d’autre chacun croit voir la balance du pouvoir pencher en sa faveur au point que l’opposition congolaise se la joue triomphaliste et fataliste en même temps. Ca bien entendu,  elle croit incarner jusque-là les attentes du peuple. Oui le peuple, ce peuple qui semble chercher une branche pour s’accrocher pendant que l’ouragan de la démocratie frappe de plein fouet la république. Ce peuple ne veut rien d’autre qu’une alternance. Et qui dit alternance dit changement pacifique à la tête du pays. En toile de fonds c’est l’article 64 de la constitution qui carbure la volonté du peuple à prendre sa destinée en main.

Même si les hommes au pouvoir par coup des billets verts et des intimidations policières tiennent encore en liesse une frange de la population qu’ils miroitent et font saliver de la promesse d’un avenir meilleur ou du chaos. Plutôt que de tirer avantage de la situation, il se remarque malheureusement que l’opposition visiblement perd le contrôle de sa procédure. Elle pense mettre en place (à en croire la déclaration finale issue de son conclave tenu au siège de l’UDPS), une structure qui, après la date fatidique de la fin de mandat de l’actuel président, le 19 Décembre 2016, organiserait selon elle les élections. Question : Quelle est la base légale de cette structure? Car en croyant défendre la constitution, on risque aisément de la violer et sans lubrifiant. Le pouvoir avilit et aveugle. Faudrait à ce niveau faire l’effort de rester lucide et d’affronter les choses à la hauteur de l’affront du camp de ceux qui sont au pouvoir. Mettre un peu d’eau dans son vin et se la jouer franc jeu face aux enjeux de l’heure. Sauf si…

Au camp Tshatshi, à la cité de l’Union Africaine, on est tous d’accord que le dialogue format Majorité Présidentielle (MP) et opposition alliée autour d’Edem Kodjo a lamentablement échoué. N’en déplaise à ceux qui y vont encore la queue entre les pattes. Et si cette opposition se laisse emporter dans le radicalisme de certains qui tiennent mordicus à en découdre avec le pouvoir en place, ce serait sans compter les dégâts qui en découleraient. Et là sans hésiter le pouvoir en place s’accrochera à cette bêtise de l’opposition pour rééditer l’exploit macabre du 19 Septembre dernier. Puis ensuite se rejeter comme d’habitude les responsabilités. Mais c’est sans savoir ce qui adviendra après le chaos.

Du côté de la majorité, il y a une peur bleue teintée d’une témérité orgueilleuse qui vous rappelle l’endurcissement de Pharaon face aux menaces de Moise. L’exhibitionnisme dont elle fait montre ces derniers temps prouve à suffisance que la peur a changée de camps. On veut se rassurer. Intimider la population avec des chars et équipements anti-émeute. Il n’est plus un seul endroit où on ne trouve déployé la police à chaque fois que des citoyens se ressemblent même pour un match de football ou un Salongo de routine. Cette majorité qui sans mâcher les mots a failli sciemment à organiser les élections durant les cinq ans du mandat lui octroyé n’est pas non plus prête à reconnaitre son échec. Elle demeure devant l’histoire la seule responsable de TOUT.

«La majorité nous a conduits droit au mur et elle est aujourd’hui en mal de manœuvrer le véhicule. Une faute avouée est à moitié pardonnée. C’est chose pareille en cas d’une blessure dans la bouche: on crache non seulement le sang mais la salive aussi. Faut assumer messieurs et dames de la majorité» déclare un analyste politique. Il poursuit en affirmant : «On a en premier l’impression qu’on veut abandonner ce véhicule face au mur sans espoir qu’il puisse rouler si on lui trouvait un chauffeur. L’huile et le carburant sont vidés. Les portières ne sont pas bloquées. Aucune sécurité malheureusement. De parts et d’autres, le pays est dans l’insécurité. La menace couve autant en interne qu’en externe. Le pays est au bord de son éclatement», fin de citation.

L’inévitable embrasement et la phase finale de balkanisation

Face à ce décor apocalyptique, la communauté internationale loin de jouer à l’apaisement prends des mesures qui en rajoutent encore dans la psychose générale: le personnel diplomatique (non indispensable comme des familles) de certaines chancelleries doit quitter le pays le plutôt possible. On signale même la présence des navires de guerre américains sur les côtes congolaises. Est-ce pour seulement assurer la sécurité de leurs ressortissants ou pour intervenir militairement en violation de toute souveraineté reconnue à l’État congolais et par ricochet sauver le peuple congolais qui sera pris au piège d’une guerre civile? La Belgique quant à elle annonce qu’elle limite à 6 mois les visas octroyés aux dirigeants congolais porteurs des passeports diplomatiques. D’autres sanctions sont prévues par la France d’ici mi-Octobre.

Plutôt que d’activer la machine diplomatique qui visiblement est en panne, au lieu de désamorcer la bombe, le gouvernement congolais ne se contente que des accusations en accusations, des sorties médiatiques d’abord avec son ministre de la Défense nationale qui a accusé les USA d’armer l’opposition puis ensuite son porte-parole qui renchérit en affirmant que le schéma libyen est en gestation contre le pays. Pour le commun des congolais, on voudrait bien savoir si nous avons des diplomates qui puissent décrisper la situation, fixer l’opinion et nous permettre de reprendre le cours normal de la vie ? Ou salutairement quoiqu’une option hypothétique entendre de la bouche du président de la république lui-même un mot d’apaisement. Rien.

Un décor d’avant-guerre est planté. Le dialogue en cours présidé par Edem Kodjo a perdu de toute sa substance. Alors qu’on le voulait salutaire, on ne s’y est limité qu’à la fixation d’une date encore une fois irréaliste pour les élections et envisager un partage des postes au sein d’un gouvernement de transition dont on ignore la légitimité et sa durée dans le temps (avec Vital Kamhere comme premier ministre). Tout le monde est d’avis que si rien n’a été fait durant les 5 dernières années rien n’est sûr que ce sera bien fait durant les quelques mois du glissement accordés par la CENI que beaucoup accuse d’être instrumentalisée par le pouvoir en place.

La vie du congolais semble passer au second plan des préoccupations de ceux qui nous gouvernent. On brandit nos revendications légitimes afin de nous flouer quant aux vraies intentions des uns et des autres. On connait la danse. Il se remarque malheureusement que toutes ces manœuvres ne résolvent pas du tout les problèmes du peuple pas tant qu’elles n’améliorent sa condition qui est déjà si précaire. Dieu seul sait. Nous allons droit vers la catastrophe et l’admettre serait déjà un grand pas vers la solution. Notamment un vrai dialogue avec les protagonistes. On le connait tous : Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi. Puis ensuite autour de ces deux hommes se grefferont d’autres acteurs politiques. Ce n’est pas moins réaliste qu’une guerre civile.

Posons-nous une autre question. A qui donc profite cet imbroglio? Un pays au bord de l’éclatement. De l’intérieur comme de l’extérieur disions-nous, il y a menace. Si l’opposition se fait armer comme l’accuse le gouvernement congolais, ce dernier n’hésitera donc pas à tirer sur la pauvre population. Et là il faut craindre l’hécatombe. L’Ouganda menace d’intervenir car estime-t-il des mercenaires s’apprêteraient à attaquer son pays à partir de la RDC. On signale la présence des rebelles Sud-soudanais au pays ainsi qu’officieusement des mercenaires. À la solde de qui ? Dieu seul sait. Les multiples incursions des ADF-Nalu à Beni et une grande partie de l’EST non pacifié jusque-là n’ont pas cessées.

Pourtant le gouvernement avec tous ses partenaires ont eu tout leur temps. À Mbuji-Mayi, au Kasaï-Oriental on signale une nouvelle forme de banditisme où des hommes armées font irruption dans les maisons des paisibles citoyens, emportent tous biens de valeur et violent au besoin les femmes. La plus grande mission de maintien de la paix (MONUSCO) installée au pays depuis près de 20 ans se prépare quant à elle à un plan d’évacuation de son personnel essentiel au cas où les choses bardaient. Des mesures sécuritaires sont prises et mises à jours chaque fois.

Face à tout ceci, si l’on n’y prendre garde c’est le grand Congo qui est perdant.

Tatu Kaleka

Humanitaire, écrivain et libre penseur

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