home Politique, RD Congo, Société RDC : Kinshasa menace de se retirer de la Cour Pénale Internationale de Justice !

RDC : Kinshasa menace de se retirer de la Cour Pénale Internationale de Justice !

Est-ce la fin de la lune de miel entre Kinshasa et la Cour Pénale Internationale (CPI), c’est le moins que l’on puisse dire après le « communiqué de mise au point » du gouvernement congolais daté du 15 septembre 2018 publié sur le compte Twitter du ministère des Affaires Etrangères et Intégration Régionale.

Pour ce qui est devenu son nouveau mode de communication, c’est le 2ème communiqué de mise au point de Kinshasa en quatre jours après celle contre « certaines autorités étrangères et pays voisins » en particulier l’Angola qui s’immiscent un peu de trop dans ses affaires intérieures ; notamment son « processus électoral ».

Lire aussi : RDC-DIPLOMATIE : Kinshasa pique une colère et dénonce les ingérences étrangères… https://www.afriwave.com/2018/09/13/rdc-diplomatie-kinshasa-pique-une-colere-et-denonce-les-ingerences-etrangeres/

Énervement ou frustration des autorités congolaises, c’est selon mais en des termes plus que clairs, le pays qui se dit en « désespoir de cause » menace carrément de se retirer de la CPI : « En conséquence, la RDC qui, en son temps, avait contribué significativement à l’élaboration du Statut de Rome portant création de la Cour Pénale Internationale et, ensuite, à la mise en œuvre de celui-ci, n’exclut point, en désespoir de cause, de s’en retirer ».

Pour justifier cette décision de sa fronde, le régime de Kinshasa dénonce « La propension à instrumentaliser cette juridiction internationale à des fins inavoués risque de saper irrémédiablement sa crédibilité, alors qu’elle est censée être garante de la lutte noble contre les crimes internationaux qui révoltent la conscience universelle ; ce constat est corroboré par les doutes sérieux émis par plusieurs gouvernements, quant à l’efficacité de la Cour. Au demeurant, certains n’hésitent plus à en dénoncer le Statut ».

Comme preuves de ses accusations contre la justice internationale, le gouvernement congolais évoque ce qu’il considère comme « plusieurs indices concordants en sa possession et les pressions de certains gouvernements sur les juges de la CPI à interférer sur sa souveraineté : « Le gouvernement de la RDC tient à informer l’opinion tant nationale qu’internationale que plusieurs indices concordants, en sa possession, indiquent que certains gouvernements exerceraient des pressions sur les juges de la CPI visant la politique intérieure, voire les questions sous examens par devant cette Institution en relation avec la situation avec la situation en RDC, susceptibles d’avoir une incidence sur le processus électoral en cours dans ce pays ».

Un probable retrait pour quelles conséquences ?

Après s’être fâché avec la communauté internationale, c’est autour de la justice internationale que Kinshasa voudrait tourner le dos. Pourtant, par le nombre des prisonniers incarcérés à La Haye aux Pays-Bas ; la RDC est le grand pourvoyeur avec ses enfants livrés dont le plus célèbre fut son ancien vice-président et sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo finalement acquitté le 08 juin 2018 après dix ans d’emprisonnement.

Simple coïncidence ou calcul politicien savamment fait, la menace de la RDC de se retirer de la CPI arrive pile-poil à deux jours de la prononcée de la peine définitive concernant l’appel de Jean-Pierre Bemba dans le dossier subsidiaire de l’affaire Procureur contre lui dit de « subornation des témoins ».

Faut-il le rappeler que c’est sur base de ce dossier non clos à la CPI que le régime de Kinshasa, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) qui ne l’est que de nom et la Cour Constitutionnelle se sont tous servis pour invalider le candidat président de la République Jean-Pierre Bemba ? Ce dernier qui passait être un redoutable challenger face au dauphin de Kabila Emmanuel Ramazani Shadary.

Lire aussi : URGENT-RDC : Affaire CPI Vs Jean-Pierre Bemba, Un Acquittement prononcé en sa faveur https://www.afriwave.com/2018/06/08/urgent-rdc-affaire-cpi-vs-jean-pierre-bemba-un-acquittement-prononce-en-sa-faveur/

Nombre des congolais transférés, condamnés ou ayant purgés leurs peines et relâchés par la CPI croupissent pourtant en prison à Kinshasa comme une double peine. Ce sont les cas de Thomas Lubanga Dyilo, Germain Katanga et l’acquitté Matthieu Ngudjolo Chui, l’ancien milicien suspecté expulsé vers son pays. Un procès étant actuellement en cours à l’encontre de Bosco Ntaganda.

La grande interrogation est aujourd’hui celle de savoir le pourquoi de cette « décision-menace » de la RDC de quitter demain la CPI ? « Après avoir mis en cause l’éligibilité de Jean-Pierre Bemba pour l’écarter de la course à la présidentielle, les pro-Kabila ont aujourd’hui peur que la justice internationale à laquelle ils avaient livré le même Bemba se rapproche à grand pas d’eux ; précisément de leurs chefs dont Kabila en personne. Ils font ainsi un divertissement de chantage ignoble contre la CPI, nous l’avions toujours prédit et cela arrive très bientôt pour eux » s’exclame un proche de l’opposition radicale.

Un cadre du parti au pouvoir, le PPRD dit lui « s’inquiéter pour cause du nombre des dossiers qui s’accumulent et leurs conséquences tôt ou tard sur le régime : les massacre dans le Kasaï, ses plus de 80 fosses communes et l’assassinat des experts de l’ONU Michael Sharpe et Zaïda Catalan, les massacres de Makobola, la fosse commune de Maluku à Kinshasa même…qui ne peuvent laisser indifférente la justice internationale ».

Une affaire à suivre…

Roger DIKU et Thaddée Luaba Wa Ba Mabungi

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