home Politique, RD Congo, Société RDC : Sit-in devant le Minafet, Christian Shabantu Mpenga fait la chronique d’une journée pas comme les autres (RÉCIT)

RDC : Sit-in devant le Minafet, Christian Shabantu Mpenga fait la chronique d’une journée pas comme les autres (RÉCIT)

La journée de Sit-in devant le ministère des Affaires Etrangères pour protester contre la décision du gouvernement d’invalider les anciens passeports semi-biométrique avait tourné court pour les protestataires. Venus en « ambassadeurs de la paix » pour déposer un « mémo », les manifestants avaient été cueillis comme à froid par les éléments de la police nationale qui les attendaient depuis tôt le matin.

A l’issue d’une longue et fatigante journée dans les installations de la police de Kinshasa, les protestataires avaient pu être libérés en fin de soirée, sauf deux en les personnes de Samy Ntumba et Steeve Mbuyi. Fou de joie pour la libération de son ami et proche Samy Ntumba et de Steeve Mbuyi qui ont passé une nuit dans le cachot de la police à l’IPK, Christian Shabantu Mpenga retrace pour nous la chronique d’une journée qui a failli basculer.

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Jeune entrepreneur indépendant, responsable d’une société de Marketing de la place et manifestant d’un jour, il refait pour WWW.AFRIWAVE.COM le déroulé de cette journée qui fut un baptême de feu pour bon nombre d’entre-eux mais aussi la naissance d’une nouvelle conscience pour la jeunesse qui désormais devra se prendre en charge pour sa destinée.

RÉCIT

Tout a commencé mardi 19 septembre 2017 par un message circulant sur les réseaux sociaux et appelant les gens à manifester devant le ministère des Affaires Etrangères à la Gombe contre la disposition gouvernementale sur l’obligation d’achat du nouveau passeport biométrique. Comme dans mes habitudes, je me suis réveillé le mercredi 20 septembre 2017 à 6h:00’ et après ma douche sans même prendre un petit déjeuner, j’ai pris ma route pour le centre-ville en vue de répondre à l’appel des compatriotes. Mon bureau ne devant pas me voir de la journée, car cette histoire des passeports nous a tous touché.

Arrivé sur place vers 9h:00’, je retrouve bon nombre de gens que je connais ; certains de vue et d’autres des renoms. Parmi eux, des activistes avec qui j’échangeais via des réseaux sociaux. Le temps de prendre connaissance du « mémo » à déposer et de constater qu’il était entièrement en accord avec mes convictions ; j’appose ma signature sur le document. Banderole à la main, je suis en première ligne pour revendiquer ce que nous est dû à mon sens.

Il est 10h:00′ du matin et l’environnement extérieur semble inhabituel devant le ministère des Affaires Etrangères. Comme « un essaim d’abeilles », nous constatons une présence policière renforcée et nous savons ce qui nous attend mais faire marche arrière est exclu en ce moment-là. Après une prière d’encouragement mutuel, mains dans les mains ; nous avançons devant le ministère où nous sommes accueillis par un groupe des policiers survoltés : nos calicots sont arrachés et éraflés. Nous sommes au cœur d’une répression habituelle, les policiers affirmant qu’ils nous attendaient depuis 7h:00’du matin.

Rapidement un début de communication est établi avec un gradé de police pendant que 4 de nos collègues sont sélectionnés pour déposer le mémo. Le reste du groupe est repoussé avec violence que mon pantalon se déchire complètement et au bout de quelques minutes ; une embuscade et on se retrouve cerné par des policiers qui déboulent de partout et nous prennent manu militari pour nous mettre dans leurs pickups. Tâtonnant et ne sachant pas finalement où nous amener. A la suite d’un coup de fil, le ton est donné pour qu’on nous conduise à l’Inspection Provinciale Kinshasa (IPK) de la police où nous sommes accueillis par un colonel appelé DP.

Le temps des auditions

Eparpillés pour être entendu sur Procès-Verbal (PV), c’est en groupe de deux que nous serons entendus par un Officier de police Judiciaire (Opj). Avec un soleil de plomb, c’est dans une pièce de 15 mètres carrés que nous étions entassés ainsi que quelques agents de la police qui travaillent dans ce même endroit.

L’alerte donnée via des réseaux sociaux et autres médias alternatifs sur le web sur notre arrestation commence à produire ses effets : les appels téléphoniques du fait que nous avions conservés nos téléphones portables, les visites des familles et des soutiens se succèdent pendant qu’un ami à un codétenu nous donne la première gorgée d’eau. A l’extérieur de l’IPK, les familles attendent et leur nombre s’accroit, visiblement nos bourreaux ne savent pas trop que faire de nous.

Nos 4 camarades précédemment sélectionnés se battaient déjà pour obtenir la libération de tout le monde, car les PV signé en individuel n’étant que formel ; rien de consistant donc. Devant cet embarras de voir une simple manifestation se transformait en problème d’État, le général chef de la police de Kinshasa abdique et demande notre libération sous les yeux de la caméra de l’émission de la police. Il est presque 16h :00’, notre cauchemar prend fin alors qu’un autre chapitre s’ouvre ; celui de deux de nos visiteurs Samy Ntumba et Steeve Mbuyi qui se retrouvent aux arrêts. Ils ont passé leur nuit du 20 au 21 septembre 2017 dans le cachot de l’IPK et nous attendons leur élargissement dans cette journée.

Les réactions

Pour l’un des manifestants arrêté puis relâché, le rappeur Alex Ndele dit Lexxus Légal, la décision du gouvernement ne peut s’appliquer sans compensation vis-à-vis des personnes devant changer leurs anciens passeports : « On a voulu nous reprocher de trouble à l’ordre public parce qu’on n’a pas personnellement demandé l’autorisation. On a battu en brèche toutes ces accusations en démontrant simplement qu’on n’est pas un groupe juridiquement constitué. On est des congolais lésés par la mesure du vice-premier ministre assumée par le gouvernement. Donc, il était tout simplement question qu’on aille déposer un mémo et c’est là que la police est tombée sur nous. Ce qui est sûr est que le fond du message est resté, et on l’a repris au niveau de la police, que l’Etat ne peut pas sortir unilatéralement d’un contrat qu’il a avec nous dans les passeports. Ils disent constamment que c’est un État de droit. Cela implique le dédommagement qui va avec un autre passeport gratuitement donné à tous ceux qui ont payé le passeport qui est encore en cours ou laisser la situation inchangée telle qu’elle était avant ou engager une diplomatie avec les ambassades qui auraient octroyé les visas ou ceux qui sont en train de demander le visa pour qu’ils trouvent la juste compensation. Donc, les revendications restent claires, sinon on saisira la Cour Suprême ».

Du côté de la police nationale, son chef le Général Sylvano Kasongo interrogé par la radio BBC Afrique maintient le fait que les protestataires ont enfreint la loi en troublant l’ordre public. Et ce, pour n’avoir pas respecté la règle en matière de manifestation publique en demandant au préalable une autorisation.

De plus selon lui, tous ces manifestants ne sont détenteurs d’aucun passeport sauf un seul ; ce qui apparente leur manifestation à un mouvement politisé : « Nous savons que la Constitution donne le droit à toute personne de manifester, mais il y a quand même des règles qu’il faut respecter. Il y a des mesures d’encadrement. Pour manifester, il faut écrire à l’autorité compétente. Mais personne n’a été informé. Ils sont venus comme ça troubler l’ordre public. En ce moment-là, la police devait intervenir. Ils disent qu’ils revendiquent le problème des passeports, eux-mêmes n’ont pas de passeports. Parmi eux, il n’y a qu’une seule personne qui avait le passeport. On voit que c’est peut-être un mouvement politisé. Nous, nous sommes apolitiques, mais nous gérons l’ordre public. C’est pourquoi on les a interpellés et on vient de le relâcher (…) Ils n’ont pas été brutalisés, c’est faux. Ces gens-là quand ils viennent, c’est toujours pareil avec des accusations gratuites. S’ils avaient résisté, on allait les brutaliser ».

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