home Politique, RD Congo, Société L’Assemblée plénière extraordinaire de la CENCO constate de « la mauvaise foi dans l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre »

L’Assemblée plénière extraordinaire de la CENCO constate de « la mauvaise foi dans l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre »

Les travaux de l’Assemblée plénière extraordinaire des Evêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) commencés le 22 se sont achevés comme prévu le vendredi 24 novembre 2017 au Centre d’Accueil Caritas à Kinshasa. Au menu de trois jours de discussion de la haute hiérarchie catholique du pays, prioritairement « des échanges autour du paysage socio-pastoral du pays marqué par la crise politique devenue institutionnelle à cause de la non tenue des élections qui perdure ».

A la fin des travaux, les Evêques ont relevé un « constat de la mauvaise foi dans l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre conclu pour une sortie pacifique de la crise et en tenant compte de la situation de plus en plus dramatique dans laquelle vit le pays ». Raison de leur message d’orientation adressé au peuple de Dieu dont ils ont la charge en tant que pasteurs à savoir : « une exhortation à chacun de faire les plaidoyers nécessaires dans le réseau de ses relations au niveau local, national et international pour que les différentes recommandations faites aux uns et aux autres soient suivies. La présidence de la CENCO s’engageant à faire autant au niveau des institutions attitrées ».

Le premier jour au matin, les Evêques avaient reçu le Nonce Apostolique en RD Congo, Mgr Luis Mariano Montemayor avec qui ils avaient échangé sur la question. Connu pour son franc-parler, le représentant du pape en RDC n’avait pas mâché ses mots en septembre 2017 au cours d’une interview à la radio onusienne OKAPI. Expliquant les raisons de la non-venue du pape au Congo tant qu’il n’y aura pas eu d’élections présidentielle et législatives dans le pays, Mgr Mariano n’avait pas hésité de qualifier le régime en place de « prédateur de son peuple dans continuation illégitime ».

L’après-midi avait été consacré à la rencontre avec Norbert Basengezi, le vice-président de la CENI ; avec qui ils ont parlé du calendrier électoral publié le 5 novembre 2017. Pour lui, son institution se devait de respecter scrupuleusement le calendrier publié : « La publication du calendrier électoral a été faite suivant les prescrits de l’Accord de la Saint-Sylvestre. Je donne la garantie au nom du président de la plénière que la CENI ne prolongera pas d’un seul jour.  Que celui qui a des candidats à préparer qu’il les prépare dès aujourd’hui et nous les présente le 24 juin ».

Du rapport de la Commission Justice et Paix, il a comme répliqué « Les rapport des Missions sont toujours constructifs et nous les avons toujours accueillis. Nous avons demandé à la Cenco de venir nous les présenter avant publication parce que si ça devient un jeu de ping-pong dans les médias, nous avons le droit de réserve ».

Prière pour la paix au Soudan du Sud et en RD Congo

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Deux rapports accablants

Cette réunion des Evêques du pays aura été précédé de la publication par la CENCO dans la journée du lundi 20 novembre 2017 de deux rapports jugés « accablants » et pour le gouvernement et pour la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI). Deux problèmes majeurs y étaient soulevés à savoir : « la mise en lumière de la répression des manifestations publiques et les irrégularités dans le recensement des électeurs en vue de l’élection présidentielle du 23 décembre 2018 ».

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Dans un premier rapport portant sur un « monitoring des manifestations et réunions publiques », la CENCO dénonçait les exactions perpétrées par les forces de l’ordre sur les civils : « Les manifestations et réunions publiques organisées par l’opposition politique, les organisations de la société civile, et les mouvements citoyens qui ne siègent pas au gouvernement ont été étouffées, empêchées, interdites, et dispersées par la police avec usage des gaz lacrymogène, et des balles réelles. Au moins 56 personnes tuées, dont 52 par balle, 1 par gaz lacrymogène entre avril et octobre 2017 ».

Dans le deuxième rapport fait par la Mission d’observation électorale de Justice et Paix au Congo (MOE JPC), composé de 200 observateurs de la Cenco, il y était soulevé le problème de compromission dans le processus de recensement des électeurs par l’absence d’un calendrier électoral fixe ou d’un chronogramme, ce qui rend difficile (…) de bien suivre les différentes étapes requises pour le déroulement de la révision dudit fichier.

Lire ce Rapport ici : Rapport d’observation électorale sur l’inscription des électeurs en République Démocratique du Congo http://cenco.cd/rapport-dobservation-electorale-linscription-electeurs-republique-democratique-congo/

Cette double dénonciation via les deux rapports n’a pas été du « goût » du gouvernement qui ne les a pas appréciés. Lambert Mende, ministre de la communication et des médias, porte-parole du gouvernement accusant la Cenco de s’engager dans une « politique de discrédit » alors que le SG adjoint du PPRD, le parti présidentiel de Joseph Kabila, Kokonyangi accusant pour sa part l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo, d’incitation à l’insurrection après qu’il a célébré une messe pour les artistes congolais.

Lire aussi : En RD-Congo, le parti au pouvoir accuse l’archevêque de Kinshasa d’incitation à l’insurrection http://www.afriwave.com/?p=5945

Mécontentement du gouvernement de Kabila

L’Église congolaise ne s’est pas contentée de dénoncer les dysfonctionnements, elle a appelé la commission électorale à « publier les listes électorales provisoires des électeurs » par centre de vote et par bureau de vote pendant trente jours à l’issue de l’opération d’inscription « pour permettre à tout électeur, tout candidat et tout parti ou regroupement politique de les consulter et faire valoir ses réclamations éventuelles ».

Discours de clôture de l’Assemblée plénière extraordinaire du 22 au 24 novembre 2017

Éminence, Excellences,

Messieurs les Abbés Secrétaires Généraux et des Commissions,

Révérends Pères, Révérend Frère, Révérendes Sœurs, Messieurs.

Nous venons de passer ensemble trois jours d’intense travail au cours desquels nous nous sommes penchés prioritairement sur la situation socio-pastorale de notre pays marquée par la crise électorale qui perdure. Il me paraît « juste et bon de rendre grâce » à notre Seigneur et notre Dieu, Lui, « la Lumière du monde » (Jn 8, 12), espoir des nations, qui fait resplendir sur elles la vérité. A lui « Honneur, Louange et Gloire pour les siècles des siècles Amen ».

Je félicite et je remercie Son Éminence, Leurs Excellences les Archevêques et les Évêques, les Secrétaires Généraux, les Secrétaires des Commissions et les membres de l’ASUMA et l’USUMA pour leur contribution dans ces assises.

Je sais gré à Son Excellence Mgr le Nonce apostolique pour ses conseils à notre Assemblée et son attention particulière sur la crise que vit notre pays. Il nous a rappelé ce qui doit rester au cœur de nos préoccupations pastorales et qui fait l’essentiel de la mission de L’Église : être pour les hommes de notre temps le signe de l’espérance qui ne trompe pas.

Sa présence au milieu de nous a traduit la proximité du Successeur de Pierre, le pape François, à notre Épiscopat.

Lors de ces assises, ayant constaté la mauvaise foi dans l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre conclu pour une sortie pacifique de la crise et en tenant compte de la situation de plus en plus dramatique dans laquelle nous vivons, nous avons décidé d’adresser au peuple dont nous avons la charge un message.

Ce message d’orientation pastorale atteindra son objectif si les différentes recommandations faites aux uns et aux autres sont suivies. C’est pourquoi j’exhorte chacun de vous, en appui à notre message, de faire les plaidoyers nécessaires dans le réseau de ses relations au niveau local, national et international à cette fin. La présidence de la CENCO s’engage à faire autant au niveau des institutions attitrées.

Nous avons aussi saisi cette occasion pour être informés de l’évolution du projet PECE et de notre nouvelle institution de micro finance, l’IFOD. Je vous saurai gré de vous acquitter de vos responsabilités vis-à-vis de ces deux initiatives de la CENCO pour le bien-être de notre peuple.

Je confie à l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Reine de la paix, le processus électoral en cours pour lequel nous nous investissons. Puisse le Seigneur féconder par sa puissante grâce nos efforts apostoliques. Sur ce, je déclare clos les travaux de cette Assemblée plénière extraordinaire de la CENCO. Je vous remercie.

Fait à Kinshasa, le 24 novembre 2017-11-25

+Marcel UTEMBI TAPA

Archevêque de Kisangani

Président de la CENCO

Lire document sur : Discours de clôture de l’Assemblée plénière extraordinaire du 22 au 24 novembre 2017 http://cenco.cd/discours-de-cloture-de-lassemblee-pleniere-extraordinaire-22-24-novembre-2017/

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