home Politique, RD Congo RDC : Allocution prononcée à l’occasion d’une réunion sur la formule Arria ouverte du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le processus électoral

RDC : Allocution prononcée à l’occasion d’une réunion sur la formule Arria ouverte du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le processus électoral

Ambassadeur Nikki Haley, Représentant permanent des États-Unis auprès des Nations Unies

Mission des États-Unis auprès des Nations Unies / New York 12 février 2018

Au nom des États-Unis, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée équatoriale, de la France, de la Suède, du Royaume-Uni et des Pays-Bas, je vous remercie tous pour vos exposés. Notre présence à ce rassemblement envoie un message fort d’engagement à des élections inclusives et crédibles en République Démocratique du Congo le 23 décembre 2018. Nous sommes réunis unis dans notre désir d’aider la RDC à faire avancer sa première transition pacifique et démocratique du pouvoir. Notre intérêt pour des élections libres, équitables et crédibles commence par s’assurer que le gouvernement de la RDC représente véritablement et reflète la volonté du peuple congolais. Mais il s’agit aussi de s’attaquer à une situation politique, humanitaire, et économique qui s’aggrave au Congo.

Maintes et maintes fois, le Conseil de sécurité a exprimé sa préoccupation face à la détérioration des conditions en RDC. Lors de ma visite au Congo en octobre, j’ai rencontré le président Kabila, la commission électorale, les membres de l’opposition, les évêques catholiques et les civils touchés par le conflit. Ce qu’ils attendent de la communauté internationale, presque sans exception, c’est d’aider à faire avancer les élections. Ces élections, bien sûr, devaient avoir lieu l’année dernière. Nous ne pouvons pas permettre un autre délai.

Les responsables du report des élections ne peuvent pas souligner l’absence d’une feuille de route pour les élections au Congo – ils ne peuvent pas non plus prétendre à un manque de clarté sur les objectifs de la feuille de route. L’accord politique du 31 décembre, la constitution de la RDC et le calendrier électoral ont établi un processus clair. Ils ont affirmé, puis réaffirmé, que la RDC doit tenir des élections le 23 décembre et que le président Kabila ne peut pas briguer un troisième mandat.

Lors d’une récente conférence de presse, le président Kabila lui-même a renvoyé un journaliste à la constitution congolaise lorsqu’il lui a été demandé s’il se présenterait à nouveau. La constitution est claire que ce n’est pas possible.

La semaine dernière, un assistant de Kabila a reconnu que Kabila ne participerait pas aux élections de décembre et qu’il ne chercherait pas non plus à désigner un successeur trié sur le volet. C’est un développement positif – un pas important vers une transition pacifique du pouvoir au Congo. Avec cet engagement crucial derrière nous, toutes les parties intéressées peuvent aller de l’avant pour faire en sorte que les élections de décembre soient inclusives, ordonnées, libres, équitables et crédibles.

À cette fin, l’inscription des électeurs le 31 janvier a été un pas important dans la bonne direction. Cela a démontré l’appétit du peuple congolais pour un vote. Mais il reste encore beaucoup à faire. Les listes électorales doivent être nettoyées des électeurs décédés et frauduleux. Les Congolais vivant à l’étranger doivent être inscrits pour voter. Et un registre des candidats doit être créé. Je demande que nous nous engagions tous à travailler avec le gouvernement de la RDC et toutes les parties prenantes pour mettre en œuvre ces mesures.

Cependant, les aspects techniques du processus électoral ne sont qu’une partie de l’équation. Les critères politiques définis dans l’Accord du 31 décembre sont encore plus importants pour la stabilité en RDC. Le gouvernement doit maintenant travailler pour libérer les prisonniers politiques, mettre fin aux poursuites politiquement motivées, et garantir les droits de réunion pacifique et la liberté d’expression. Ces changements sont désespérément nécessaires – en ce moment – au Congo. Comme beaucoup d’autres, j’ai été consterné par les actions répressives du gouvernement et l’usage excessif de la force lors des manifestations pacifiques du 31 décembre et du 21 janvier.

Au moins 13 personnes sont mortes au cours des deux derniers mois, effectivement parce que le gouvernement a refusé d’organiser des élections. Ceci est complètement inacceptable. Le recours excessif à la force contre des civils qui veulent simplement avoir leur mot à dire pour déterminer leur avenir va à l’encontre de tout ce que les Nations Unies sont censées défendre : le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous sans distinction.

Nous sommes très heureux d’accueillir aujourd’hui la commission électorale indépendante du président de la RDC. J’espère qu’il a répondu aux préoccupations concernant la planification des élections et que nous progressons tous de façon constructive.

Nous sommes profondément préoccupés par l’insistance de la commission électorale à utiliser un système de vote électronique qui n’a jamais été utilisé en RDC. Nous comprenons que la commission n’a jamais testé ce système de vote électronique en RDC, mais prévoit de déployer cette technologie pour la première fois le jour du scrutin. Il va sans dire que l’utilisation d’une technologie inconnue pour la première fois lors d’une élection cruciale constitue un risque énorme. Il a le potentiel de miner sérieusement la crédibilité des élections que beaucoup ont travaillé dur pour voir se produire. Ces élections doivent être tenues par des bulletins de vote papier, de sorte que le peuple congolais ne conteste pas les résultats. Les États-Unis n’ont pas envie de soutenir un système de vote électronique.

Je devrais également souligner que nous avons continué de nous inquiéter des tentatives de politisation de la commission électorale. Nous croyons qu’il est urgent que l’Assemblée nationale permette au parti de l’Union pour la démocratie et le progrès social de remplacer son représentant au sein de la commission.

Le Conseil de sécurité a également du pain sur la planche. En tant que Conseil, nous devons utiliser notre outil, la MONUSCO, pour soutenir les élections. Nous devons travailler pour que la MONUSCO réponde aux besoins du peuple congolais et modifie la mission lorsque cela est nécessaire pour faire face à l’évolution du paysage politique. Mais l’ONU et la MONUSCO ne peuvent pas y faire cavalier seul. L’engagement des leaders régionaux est essentiel. Nous devons tous prendre au sérieux le fait de tenir le gouvernement de la RDC responsable de son engagement à respecter l’accord du 31 décembre, la constitution et le calendrier électoral.

Nous ne pouvons pas avoir peur de faire pression sur le gouvernement, la commission électorale et l’opposition pour que le peuple congolais obtienne la transition pacifique et démocratique qu’il mérite.

Alors que nous poursuivons cette discussion aujourd’hui, je demande à tous mes collègues de réfléchir à ce qui peut être fait de plus pour s’assurer que toutes les parties respectent leurs engagements. Ce que nous faisons ici aujourd’hui et dans les mois à venir aidera le Congo à réaliser ses aspirations pour un avenir démocratique. C’est son droit. Contribuer à garantir ce droit est notre devoir envers le peuple congolais.

Je vous remercie.

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