home Economies, Finances, Politique, RD Congo RDC-FINANCES : Indemnités de sortie des parlementaires, la BGFI et le scandale de trop ?

RDC-FINANCES : Indemnités de sortie des parlementaires, la BGFI et le scandale de trop ?

Corruption, détournements présumés des deniers publics, enrichissement illicite ; il ne se passe plus aucun jour sans qu’un nouveau scandale ne vienne ternir l’image d’un pays déjà en profondes crise et dérive économique. Si la population elle s’appauvrie de jour en jour, les politiques et tous ceux qui leurs sont proches s’en goinfrent.

Le dernier scandale en date serait ce cadeau de près de 20 millions de dollars en guise d’indemnités de sortie pour nos honorables députés et sénateurs, tous membres des deux assemblées hors mandat depuis novembre 2016 pour le parlement et depuis novembre 2011 en ce qui concerne le sénat. Pour ce qui ressemblerait à une tentative de corruption généralisée, c’est le cœur même du pouvoir qui serait à la manœuvre. En effet, le cabinet du SG du parti présidentiel le PPRD et président du parlement, Aubin Minaku ; proposerait aux honorables députés sortant un marché en guise de cadeau exceptionnel : « une jeep toute neuve d’une valeur de 29.000 dollars comme une indemnité de sortie ».

Et pour piloter l’opération de financement, le choix d’une institution : la BGFI Bank qui est dirigée par Francis Selemani Mtwale, un ami d’enfance en Tanzanie du chef de l’Etat Joseph Kabila. Cette même banque déjà impliquée dans le scandale de « L’affaire Lumumba papers » du nom de ce jeune cadre, Jean-Jacques Lumumba ; qui a eu à dénoncer les détournements de l’argent devant servir au financement des élections par des proches du régime.

Lire aussi : Affaire « Lumumba papers » et la BGFI-Bank SA, une avalanche des condamnations-démentis qui ne dissipent pas les zones d’ombre…et des futures actions en justice contre Jean-Jacques Lumumba et le journal Le Soir http://www.afriwave.com/?p=1193

Un montage digne d’un rançonnage

Le choix de la BGFI Bank ne s’avère pas fortuite pour le paiement des indemnités de sortie des élus congolais, surtout que les proches du pouvoir sont liés à toutes les opérations qui peuvent se faire dans le pays comme le révélait les dernières publications de l’Agence financière américaine Bloomberg, mais surtout le rapport de Congo Research Group (CRG) sur le scandaleux empire économique et financière du clan au pouvoir depuis 16 ans de règne.

D’après un député proche de l’opposition, le montant réel de leur indemnité de sortie avoisinerait les 37.000 dollars par personne. En ce temps de disette financière du gouvernement, c’est un représentant de Aubin Minaku qui a négocié l’obtention de traites auprès de la BGFI pour l’achat de ces jeeps neuves. Avançant de son argent, la banque doit prélever près de 20%, soit 8000 dollars pour chaque député.

Ce que du reste nombre des députés auraient déjà accepté même s’ils auraient choisi avoir du cash pour lequel il y a un risque de ne jamais en voir la couleur de l’argent un jour. Un proche d’un autre député actuellement passé à l’opposition explique « qu’avec la dépréciation quasi quotidienne du Franc congolais par rapport au dollar américain, les honorables ont perdu presque la moitié de leurs émoluments qui sont du reste payé avec retard comme partout ».

Un léger calcul donne le vertige : avec 500 députés à la chambre basse, l’opération   représente une sortie de près de 20 millions de dollars pour l’Etat congolais, la BGFI, institution bancaire choisi et proche du clan Kabila, prélevant au passage ses 20% soit 4 millions de dollars en commission ; ce qui donne en réalité un crédit de 16 millions des dollars. D’où vient alors cet argent, la BGFI, la grande gagnante de l’opération n’en ayant pas les moyens comme le reste des banques congolaises en ce moment ?  Si certaines sources parlent d’un financement de l’Etat via la banque nationale sur demande du régime, d’autres n’hésitent pas à soupçonner carrément un blanchissement d’argent sale thésaurisé en dehors de tout système officiel par le clan qui règne sur tout dans le pays.

Lire aussi : RDC-Scandale BGFI Bank : J-J Lumumba s’offre deux ténors des barreaux de Bruxelles et de Paris pour sa défense http://www.afriwave.com/?p=3700

Démenti et défense qui ne changent rien

Face aux scandales et rapports qui se multiplient, c’est une défense et une série de démenti du régime qui en réalité ne changent. Parlant de Zoé et Jaynet Kabila Kabila qui sont députés, le ministre des Communications et Médias, Lambert Mende explique à qui veut l’entendre « Qu’on n’interdit pas aux députés de faire des affaires, explique à RFI Lambert Mendé. Ce n’est pas un mandat de gestion ! Ils travaillent six mois par an et les autres six mois, que voulez-vous qu’ils fassent ? Ils peuvent faire des affaires !»

Toujours de ces scandales à répétition, son collègue des Mines Martin Kabwelulu estimant même « qu’il s’agit là de la provocation, des faussetés parce que tous les contrats sont publiés sur le site du ministère des Mines. Global Witness a publié une compilation d’amalgame des chiffres tirés du rapport publié par l’ITIE-RDC (Initiative pour la transparence des industries extractives) et d’un tas de données sur le président Kabila, faisant volontairement une lecture à l’envers des chiffres ».

Pour Kinshasa donc, toutes ces dénonciations ne sont qu’amalgame et provocation avec la mise en cause directe du président Joseph Kabila et de sa famille.  Ce qui étonne dans cette nouvelle affaire BGFI et indemnités des députés, ce sont les silences de la Banque centrale du Congo ainsi que du Procureur Général de la République (PGR). Le montage et ses retombées profitent à qui dès lors que le petit peuple continue de croupir dans sa misère ? Pendant ce temps, les grèves même si elles ne sont pas très suivies ; et les menaces paralysent une partie de la fonction publique.

Lire aussi : RDC : Le clan Kabila et son scandaleux empire économico-financier http://www.afriwave.com/?p=3996

Nul n’est besoin de le rappeler que le pays traverse une grave crise politique devenue institutionnelle depuis la réélection de Kabila en 2011 sur fond des fraudes massives. Son maintien au pouvoir au-delà de la fin de son mandat, le 20 décembre 2016. En vertu de l’actuelle Constitution qui ne l’autorise pas de se représenter et son intention manifeste de s’y maintenir n’arrangent rien. La crise économique très grave, l’inflation est galopante et la réserve en devises du pays presque inexistante présagent d’un avenir sombre…

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